La course pour trouver un vaccin contre le “Covid-19” se poursuit à un rythme accéléré. Selon les mises en garde de l’Organisation mondiale de la santé, l’obtention d’un vaccin ou de traitements efficaces ne permettra pas d’éradiquer la maladie. Quelles sont donc les raisons qui expliquent cela, les maladies infectieuses ont-elles été éliminées dans le passé, et pourquoi faire des déclarations similaires, et enfin qu’est-ce qui empêche ce virus de disparaître ?

L’écrivain Tifenn Clinkemaillié déclare dans un rapport publié dans le journal français Lesechos.fr , que le nouveau virus Corona, qui a infecté environ 20 millions de personnes, ne disparaîtra peut-être pas.

“Ce virus peut être ajouté à la liste des virus endémiques circulant dans nos sociétés, et il pourrait ne jamais disparaître complètement”, explique Michael J. Ryan, spécialiste des urgences sanitaires à l’Organisation mondiale de la santé.

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a confirmé, début août, qu'”il n’y a pas de remède pour le virus Corona, et il se peut qu’il n’y ait jamais d’avenir”.

Une maladie infectieuse peut-elle être éliminée ?
François Reno, chercheur au Centre national de la recherche scientifique et spécialiste des maladies infectieuses, a répondu catégoriquement à cette question : “Il est impossible d’éliminer complètement les maladies infectieuses, et il y a une exception concernant la variole, que l’Organisation mondiale de la santé a déclarée éliminée”.

“Indépendamment de cette exception, et à ce jour, il n’est pas possible de confirmer la disparition d’une quelconque maladie infectieuse. La preuve en est le retour de la grippe chaque année et la rougeole existe depuis des milliers d’années”, et donc certaines maladies ne disparaissent jamais.

“Le virus doit être contrôlé et coexister”, explique François Reno, et actuellement, le contrôle du virus corona émergent dépend du respect des mesures préventives et de la distanciation sociale. À long terme, d’autres moyens, tels que les vaccins et les traitements, peuvent contribuer à contenir l’épidémie sans l’éliminer.

“Grâce aux traitements, nous pouvons aujourd’hui arrêter le virus de l’immunodéficience humaine (responsable du sida), car les personnes infectées ne sont pas suffisamment porteuses de virus pour le transmettre”, explique Stéphane de Witte, spécialiste des maladies infectieuses au Centre hospitalier universitaire de Saint-Pierre, à la radio et à la télévision belge francophone.

Pourquoi le vaccin n’est-il pas une panacée ?
La force de ce virus réside dans sa diversité, et François Reno explique que “les vaccins sont en constante évolution, il existe un vaccin annuel contre la grippe, et chaque année des gens meurent à cause de mutations du virus”. Et il est impossible pour les scientifiques de savoir quelles formes prendront les futures mutations.

“Si le virus subit de nombreuses modifications, le vaccin sera moins efficace”, déclare un spécialiste des maladies infectieuses, François Reno, ajoutant que “le jeu des combinaisons génétiques est très efficace”.

Il dépendra donc de la capacité des systèmes de santé à adapter leur réponse au fil des ans. Commentant les tentatives pour trouver un vaccin, il a déclaré qu’il s’agissait d’une “course aux armements”.

Malgré cela, le chercheur maintient son optimisme, en disant que “le virus corona émergent est un virus à ARN simple brin, contrairement au virus de la grippe multibrin”, donc les mutations du virus corona émergent peuvent être moins diverses que celles du virus de la grippe.

L’autre difficulté est que l’invention d’un vaccin prend du temps, d’autant plus qu’il s’agira du premier vaccin contre le virus Corona. L’annonce du premier vaccin russe a suscité une réaction des spécialistes.

L’Organisation mondiale de la santé a déclaré qu’avant toute “préqualification” de sa part, elle devait vérifier par des “procédures strictes” toutes les données recueillies lors des essais cliniques menés en Russie.

François Palau, professeur à l’Institut de génétique de l’University College de Londres, a déclaré que la déclaration russe était “discréditée et vide de sens”, car aucun produit n’a été correctement testé et pourrait avoir des conséquences désastreuses.

L’immunité des troupeaux est-elle réalisable ?
“Aujourd’hui, nous ne savons rien de cette question, ou nous avons peu d’informations sur l’immunité des troupeaux par rapport à cette épidémie virale”, explique François Reynaud. L’immunité de groupe peut se produire lorsque la majorité de la population développe naturellement une résistance immunitaire, mais ce phénomène est particulièrement efficace lorsqu’il existe une vaccination potentielle, qui agit comme un pare-feu.

Selon le chercheur du Centre national de la recherche scientifique, “il n’existe actuellement aucun vaccin, et pour les personnes qui ont déjà contracté la maladie, nous ne connaissons toujours pas la véritable couverture dont nous disposons ni l’étendue de la continuité de leur immunité.

L’immunité collective au temps de Corona
Plusieurs études, notamment de l’Institut Pasteur, apportent des réponses à cet égard. Le 13 mai, l’institut a estimé que seulement environ 4,4% de la population avait été touchée par la maladie de Corona, ce qui est bien inférieur aux 60% nécessaires pour obtenir une immunité collective.

En termes de continuité, une étude britannique, qui n’a pas encore été évaluée, montre que l’immunité basée sur les anticorps s’estompe en quelques mois, un facteur qui peut rendre le développement de l’immunité de troupeau compliqué, voire impossible.

Selon l’étude, “si l’infection présente des niveaux d’anticorps qui diminuent dans les deux ou trois mois, le vaccin peut faire de même, et une dose peut ne pas suffire”.

Syndrome post-covide
L’expert britannique Paul Garner, spécialiste des maladies infectieuses à Liverpool, explique que “parce que les anciens patients que l’on croit guéris se plaignent d’un retour des symptômes, selon des estimations provisoires, le syndrome post-Covid peut toucher 5 à 10% des Français atteints de corona”.

Il confirme que “personne ne sait dans quelle mesure la maladie peut provoquer des changements immunitaires dans le corps, ou toute autre maladie étrange qui ne peut être expliquée maintenant”.

Il ajoute : “On peut supposer qu’il y aura de graves complications pulmonaires, neurologiques, cardiaques et musculo-squelettiques chez certains survivants de Covid-19, ce qui entraîne une restriction d’activité”, selon les attentes de l’Autorité sanitaire suprême dans une note publiée le 16 avril dernier.