Et voilà la preuve que nous avons attendue. Les chercheurs viennent de prouver l’implication d’une autre bactérie dans le développement de cancers. Et ils en soupçonnent un très grand nombre d’autres ! Quelques cancers sont donc bactériens… Un véritable changement de paradigme qui permet d’ouvrir de nouvelles voies de traitement et de protection plus simples, plus légères ou plus éprouvées. Beaucoup de bonnes nouvelles.
E scherichia coli . Ce nom ne vous est certainement pas inconnu. Elle fait partie des bactéries les plus courantes dans notre intestin. La plupart du temps inoffensive, elle peut toutefois causer des infections bénignes (gastro-entérites, infections urinaires) lorsqu’elle se déplace ailleurs. Et certaines de ses souches sont à l’origine de graves intoxications alimentaires, comme celle du hamburger contaminé en France en 2005 ; ou encore celle des graines germées, qui a empoisonné plusieurs milliers de gens en Europe et en a tué 47, en 2011.

Mais aujourd’hui, selon une équipe de scientifiques néerlandais, elle pourrait aussi être responsable d’une pathologie à la fois plus courante et beaucoup plus meurtrière : le cancer. Ou plus précisément, viennent-ils de le dévoiler, le cancer colorectal qui, rien qu’en France, a tué plus de 17 000 personnes en 2018 ! ” Cette étude est la toute première preuve directe de l’implication de cette bactérie dans la mutagenèse des tumeurs colorectales “, annonce Cayetano Pleguezuelos-Manzano, l’un des scientifiques à l’origine de ce travail, publié en avril dernier.

UNE RÉVOLUTION TOTALE DE PARADIGME
Cancer causé par une bactérie ? Bien que le lien soit surprenant, ce n’est pas tout à fait une nouveauté. Barry Marshall, un jeune médecin australien, a réussi, après bien des efforts, à faire publier dans The Lancet, en 1983, une étude qui a fait date – son travail lui a valu le prix Nobel 22 ans plus tard – mais qui a ensuite suscité chez ses collègues incompréhension et moquerie. Et pour cause ! L’estomac était alors considéré comme un milieu stérile et on croyait que les ulcères (qui peuvent conduire plusieurs années plus tard au développement de tumeurs) résultaient d’une trop grande acidité dans l’estomac. Hormis le fait que Barry Marshall a révélé la présence d’une bactérie, Helicobacter pylori, dont il a démontré qu’elle était responsable de l’apparition d’ulcères gastriques. Onze ans plus tard, et après que de nombreuses autres études aient confirmé ses travaux, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), l’organisme de référence qui a établi un catalogue de tous les carcinogènes, finira par classer comme “certain carcinogène” Helicobacter pylori . Qui, à l’époque, est encore un OVNI. Car si les cancers peuvent être causés par le tabac, l’alcool, les rayons ultraviolets… on ne pense pas du tout aux bactéries.

Donc aujourd’hui, nous assistons à un véritable changement de paradigme. De plus en plus de chercheurs sont aujourd’hui convaincus : Helicobacter pylori n’est que l’arbre qui cache la forêt, la partie émergée de l’iceberg, et de nombreuses autres bactéries joueraient un rôle important, parfois même crucial, dans l’apparition ou le développement des tumeurs.